Lorsque je pus demander un stage en gynécologie, c’était en quatrième année. Je choisis un hôpital pas trop loin de mon domicile.
Le chef de service, pourtant assez jeune, était incroyablement borné et réactionnaire. Pensez : il était contre l’usage de l’échographie dans l’aide au diagnostic des pathologies gynécologiques!
Mais ce n’est pas cette frileuse attache à la médecine de papa qui m’a révulsée, c’était son comportement envers les patientes qui venaient lui demander de l’aide.
Mon patron était un farouche adversaire de la légalisation de l’avortement (qui n’était pas encore au programme législatif)
Un jour, une femme de quarante ans est venue, accompagnée par son mari, le supplier d’intervenir : elle se retrouvait enceinte et ne souhaitait pas cet enfant.
Elle s’est jetée à ses pieds, elle s’est prosternée : il a été inflexible et lui a donné des leçons de morale.
J’étais abasourdie, décontenancée. Je comprenais l’angoisse de cette femme : elle allait mettre au monde un enfant non désiré et avec le risque qu’il soit trisomique !
Mais, je n’étais pas au bout de mon indignation.
Un jour, une patiente est venue en consultation : elle présentait une éruption de boutons sur tout le corps:le diagnostic de rubéole était évident or cette femme était enceinte de deux mois
La rubéole congénitale est une affection gravissime : elle laisse des séquelles cérébrales importantes avec handicap mental à la clef.
Nous avons pris en charge cette patiente pour une interruption médicale de grossesse.
La patiente a bénéficié d’un curetage sous anesthésie. Cétait moi qui servait d’assistante. Le patron était hors de lui. Tout le temps de l’intervention, il a crié » salope, regarde ce que tu me fais faire ! »
J’étais comme anéantie : il engueulait la patiente endormie parce son cas médical l’obligeait à réaliser une interruption de grossesse!
Je me suis dit qu’il fallait mettre un terme à ces comportements indignes. La solution ? Militer pour la légalisation de l’IVG bien sûr, mais aussi chasser ces vieux machos réactionnaires de leurs postes de commandement. Pour cela, il fallait convaincre des étudiants et des étudiantes à l’esprit moins borné de faire des études de gynécologie. Et comme,il fallait bien commencer par quelqu’un, je me suis vite convaincue que ma place était dans ce secteur.
Je me suis juré de n’humilier aucune de mes patientes, de ne jamais leur faire vivre honte et désarroi.
L’humiliation des patients était chose courante, il y a quarante ans
Des hommes, aussi, j’en ai vu pleurer …











