Le chlamydiae : comment l’éradiquer avant la stérilité

Lorsque le microbe monte vers l’intérieur de l’utérus, il donne une endométrite (ou infection de l’endomètre).

Les signes de l’endométrite sont des saignements entre les règles. Il n’existe pas de douleur franche, une petite gêne parfois. La palpation de l’utérus et sa mobilisation au toucher vaginal retrouvent une légère douleur…mais souvent, il n’y a aucune douleur !

Aussi tout saignement chez une jeune femme doit faire rechercher le chlamydiae et ce même si la femme vous dit qu’elle a oublié un comprimé ou qu’elle a changé de marque de pilule. Beaucoup de médecins changent de marque de contraceptifs lorsqu’une patiente se plaint de spottings et retardent le diagnostic de chlamydiose, permettant au microbe de gagner les trompes et d’y faire des ravages.

Quand je dis qu’il faut penser au chlamydiae lors de saignements chez la femme jeune, je devrais préciser « chez la femme de tout âge qui vient de rencontrer un nouveau partenaire ! « . J’ai manqué, à la première consultation, le diagnostic d’endométrite à chlamydiae chez une femme de 50 ans : je me suis focalisée sur la recherche d’un cancer et c’est dans un second temps que j’ai diagnostiqué une infection sexuellement transmise, ce que ma patiente m’a reproché. Je l’ai vexée en n’imaginant pas qu’elle menait une vie sexuelle hyperactive ! J’ai accepté les reproches car ils étaient mérités.

Les saignements entre les règles qui signent le diagnostic d’endométrite peuvent survenir lors du port d’un DIU : il faut alors retirer le corps étranger. Des antécédents de salpingite sont une contre indication à la pose d’un DIU ( qui d’ailleurs ne sera pas supporté entraînant douleurs et métrorragies…et risque de GEU)

Le diagnostic peut être soupçonné à l’échographie : l’endométrite donne une épaisseur particulière à l’endomètre qui est hyperéchogène donc très « blanc » sur l’écran.

Lorsque le chlamydiae n’est situé que dans le col, le diagnostic sanguin est négatif.

Quand le microbe colonise l’endomètre puis les trompes, le diagnostic sanguin est positif : on retrouve des IGG anti chlamydiae .

Lorsque le microbe gagne les trompes, on parle de salpingite.

La salpingite peut guérir vite, sans séquelle, ou très lentement, en laissant des séquelles définitives rendant la patiente infectée  stérile : perte des cils vibratiles, obturation proximale ou distale des trompes.

Le diagnostic de salpingite n’est pas toujours évident.

Parfois, la salpingite est douloureuse. Il existe même un peu de fièvre mais, hélas, le plus souvent la salpingite passe totalement inaperçue. Le chlamydiae a la particularité de détruire les cils vibratiles des trompes qui deviennent des tuyaux inopérants. L’ovule tombe dans la trompe ….et y reste. Le spermatozoïde féconde l’ovule formant un oeuf qui ne peut être amené dans la cavité utérine. L’oeuf se nide sur place, dans la trompe…et c’est la grossesse extra utérine.

Le chlamydiae peut aussi obturer les trompes : les trompes fermées ne peuvent recevoir l’ovule qui tombe de l’ovaire lors de l’ovulation et la femme est stérile.

Lorsque les trompes bouchées se gorgent de pus, on parle d’hydrosalpinx puis de pyosalpinx. Seul le pyosalpinx est douloureux. L’hydrosalpinx est fort peu douloureux. Il se dépiste lors d’une échographie ( on voit un petit boudin oblong rempli d’eau à côté de l’utérus, on peut confondre avec un kyste fonctionnel de l’ovaire)

Parfois, le chlamydiae gagne tout l’abdomen : une espèce de glu se forme alors qui colle les intestins au péritoine, le foie aux intestins, les ovaires aux trompes. Le ventre est alors douloureux jusqu’à la ménopause et les pertes blanches seront constantes même après de longs traitements antibiotiques.

La coelioscopie permet de faire le point sur les lésions abdominales responsables de la stérilité de la patiente et de savoir si l’on peut se contenter d’une chirurgie réparatrice des trompes ou passer directement en FIV . Il ne faut pas oublier que des trompes bien qu’ouvertes, peuvent n’être que des tuyaux inopérants. Une radio normale, un serodiagnostic chlamydiae positif et une stérilité de deux ans doivent faire évoquer cette possibilité et proposer la FIV.

Lorsque la trompe est pleine de pus, il faut se résoudre à la retirer pour qu’une FIV puisse marcher. En effet, si du pus coule de la trompe dans l’utérus, l’implantation de l’embryon conçu en éprouvette risque fort d’échouer.

Le diagnostic d’endométrite à chlamydiae et de salpingite doit se faire le plus précocément possible.

On soupçonne le diagnostic d’infection haute à chlamydiae par l’interrogatoire, l’examen clinique, l’échographie.

On confirme le diagnostic par des prélèvements bactériologiques, parfois, mais surtout par le serodiagnostic : les IGG anti chlamydiae sont hautes. Un prélèvement bactériologique négatif ne doit pas faire écarter le diagnostic car il existe de nombreux faux négatifs, le chlamydiae étant un microbe fragile très difficile à trouver surtout quand il est passé du col à l’endomètre, mais les IGG sont là.

Lorsque l’on traite la patiente par une antibiothérapie rigoureuse  ( FLAGYL cp 6 jours avec OFLOCET 2 cp pour vingt jours) sans oublier le traitement du partenaire , il n’y a aucun risque de stérilité. J’ai vu beaucoup de mes patientes infectées par le chlamydiae être enceintes quelques années plus tard.

Mais, hélas, j’ai reçu en consultation beaucoup de patientes stériles par une infection à chlamydiae non dépistée, donc non soignée à temps. C’est pourquoi, il est important de toujours penser au chlamydiae à chaque consultation et c’est aussi pourquoi il est impératif de ne pas prescrire un DIU chez des jeunes filles immatures, n’ayant pas de stabilité affective, ne respectant pas la discipline de visites très régulières

Oui, il est possible de poser un DIU à une jeune nullipare mais à plusieurs conditions :

l’utérus doit être de bonne taille (au moins 4 cm)

la recherche de chlamydiae doit être négative et dans le col, et dans les urines et dans le sang (serodiagnostic à chlamydiae négatif)

la patiente doit accepter de venir deux fois par an en visite de routine et plus si spottings, pertes blanches, brûlures…

J’attends avec impatience la sortie du Mini Mirena, un stérilet à la progestérone de petite taille adapté aux dimensions d’un utérus de nullipare. La progestérone ferme le col de l’utérus et est une barrière contre le montée du microbe du col vers l’utérus. Ce n’est pas une barrière totalement efficace mais c’est mieux que rien.

Voila, pourquoi, nous gynécologues, sommes un peu réticents à la pose d’un DIU chez toutes les jeunes filles : il existe un risque de salpingite sur DIU qu’il faut prendre en compte. Nous sommes responsables de la fertilité future de nos patientes et il faut parfois savoir dire non dans l’intérêt de la patiente elle même.

Mon prochain billet sera consacré au DIU et sera le premier d’une longue série consacrée à tous les modes de contraception.

29 commentaires sur “Le chlamydiae : comment l’éradiquer avant la stérilité

  1. Bonjour,

    Je suis inquiète.

    On m’a détecté la chlamydia en octobre 2010.
    J’avais des pertes blanches anormales et des douleurs au ventre.

    J’ai fait un première prelevelent le 16/10/2010 : positif
    Prise de sang positive : IGG 1/64 et IGA négatif

    J’ai été traité sous antibiotique pendant 3 semaines

    Deuxième prélèvement de contrôle Le 20/11/10 : Négatif
    Prise de sang : IGG 1/128
    IGA positif

    troisieme prélèvement encore de controle le 18/12/10 : négatif
    Prise de sang : IGG 1/128
    IGA : positif

    Un dernier examen le 19/01/11 :
    Prélèvement négatif
    Prise de sang : IGG 1/64
    IGA positif

    Le médecin m’a Dit qu’il n’y avait plus besoin de surveiller
    J’ai fait une échographie le 01/02/11 :
    Tout allait bien

    Il y a deux ans (stressée par cette histoire)
    J’ai refait un prélèvement qui s’est avere negatif (ouf)

    Depuis tout ce temps j’ai peur que mes trompes aient été abîmées.

    Au vu de mes résultats, pensez vous que j’ai un risque que mes trompes soient endommagées voir bouchées ?

    Merci pour votre réponse

    J'aime

  2. Dernière question,
    1/64 c’est la valeur la plus élevée ou la plus basse ?

    Plus on monte, plus c’est élevé ou plus on descend moins c’est élevé ?

    J'aime

  3. J’ai eu le chlamydia y a pas longtemps on m’a mis sur antibiotics et après les résultats étaient négatifs après kelk moi j’avais tjr les douleurs alors mon médecin a décidé de m’opérer du coup après pour enlever ma trompe gauche mais après l’opération il on plutôt fait des adhesiolyse multiples c’était du a ça et il on prélevé un liquide epais et jaunâtre intra péritonéale qui est en analyse c est du a quoi tout ça je pourrais bien être éclairer merci

    J'aime

  4. bonjour

    j’ai fais un test au chlamydia suite a l’apparition de symptômes de mon nouveau partenaire, il s’est révélé positif mais je n’avais aucun symptômes ( a part des rapports sexuels douloureux au fond du vagin chose que je n’avais pas avant) je pense donc avoir cette bactérie depuis des années, quel test puis je faire pour savoir si mes trompes sont bouchées? et si oui Est-ce réversible? aurais-je toujours ces douleurs au fond dorénavant lors de mes rapports? car mon gynécologue prend la chose très à la légère ….

    J'aime

    1. 1 aucun test la radio est très dangereuse donc on ne la fait que lorsque l’on veut un bébé en vain depuis un an nathalie
      on ne voit rien à l’écho et la prise de sang ne dira rien de vos trompes Fort heureusement la stérilité tubaire est rare et si elle était là, elle se guérit très bien par chirurgie qui ne se fait que lorsque l’on veut un bébé
      2 oui

      J'aime

  5. Bonjour docteur,
    Je suis en essai bébé depuis un an et demi, j’ai contracté une infection à chlamydiae que j’ai gardé je ne sais combien de temps … j’ai pris un antibiotique en prise unique et depuis plus de trace de chlamydia au niveau du col.
    Ma gynécologue m’a prescrit une hysterosalpingographie, voici le résultat :
    La cavité utérine est de morphologie normale et son opacification est homogène.
    On opacifie facilement les deux trompes qui sont de calibre normal.
    Léger épaississement des franges pariétales de l’ampoule droite.
    Passage immédiat du contraste dans la cavité péritonéale et brassage péritonéal franc diffus.
    A 20 minutes de l’injection, légère rétention de contraste dans l’ampoule droite.

    La radiologue m’a expliqué que la rétention pouvait être dû à l’infection a chlamydia et qu’une opération pouvait être envisagée par la gynécologue … que pensez vous de ce compte rendu, m’a trompé droite est elle très abîmée ? Cela pourrait expliquer que je ne tombe pas enceinte ?

    Je vous remercie par avance pour votre interprétation.

    J'aime

    1. oui la trompe droite a perdu la faculté de faire glisser l’ovule puis l’oeuf fécondé dans la trompe fleur
      il faut voir un spécialiste de PMA qui fera tout le bilan et décidera s’il faut réparer ou passer en FIV direct
      vous aurez un bébé cette année qui naîtra en 2020 si vous allez voir ce spécialiste

      J'aime

  6. Bonjour merci pour votre article.
    J’ai accouché le 16 mars 2017 et mi novembre 2017 je me met à avoir des pertes de sang entre les règles. Début janvier, je fais un prélevement vaginal et j’ai le chalmydia. Je prend un antibio et un mois après plus de chlamydia.
    Depuis 1 an et demi on essaie d’avoir un deuxieme bébé, mais rien… (j’ai mis 3 ans pour avoir ma fille après 2 fausses couches très précoce).
    Est ce que la chlamydia peut avoir bouché les trompes en si peu de temps ? Est ce que j’ia pu contracté ce chlamydia avant ou en étant enceinte ou est ce forcément après l’accouchement ?
    Merci d’avance pour vos réponses…

    J'aime

      1. Merci de votre réponse rapide.
        J’ai oublié de préciser que mon conjoint n’a jamais contracté ce chlamydia et que ça fait 10 ans qu’on est ensemble et que après l’accouchement on a utilisé uniquement les préservatifs. Donc si je l’avais eu pendant que j’étais enceinte (on utilisait pas de préservatif, je l’aurais contaminé donc forcément après… mais comment par le saint esprit 😀 ou aux toilettes ou à l’hopital je ne vois que ça….
        Je vais passer une hystéro en début d’année

        J'aime

  7. Bonjour Docteur,

    Merci pour votre site qui est une vraie source d’informations et d’une grande aide.
    Je viens d’être testée positive au Chlamydiae (mai 2020). J’ai également une flore microbienne déséquilibrée, une flore de DODERLEIN pauvre et un score de Nugent de 5.
    Lors de mon dernier test en juin 2019, aucune infection et tout était OK.
    J’ai eu des relations non protégées en janvier 2020 (mon partenaire avait fait le test urinaire en juin 2019 et en janvier 2020 et les 2 étaient négatifs).
    1 : Est-il possible que le test de mon partenaire, notamment celui de janvier soit un faux négatif ?
    2 : J’ai des symptômes depuis le mois derniers (petits saignements en dehors des règles, sur toute la 2ème partie du cycle). Est-il possible que la contamination ait eue lieu en janvier (pas de rapports depuis ceux de janvier) ou peut-elle être plus ancienne (après juin 2019) ? Par ailleurs, j’ai eu des douleurs intenses à la gorge pendant environ 15 jours en janvier, après avoir vu mon partenaire. Est-il possible que ce soit également le Chlamydiae ?
    3 : Ai-je pu être contaminée en allant à la piscine ou au hammam ?

    Merci beaucoup pour votre aide.

    J'aime

      1. Merci beaucoup pour votre réponse rapide.
        Suite au fait que j’ai été testée positive, mon partenaire vient de se refaire tester (test urinaire) et est encore négatif. Est-il possible d’avoir plusieurs faux négatifs ? Le test urinaire est-il fiable dans son cas ?

        Merci encore pour votre aide.

        J'aime

      2. oui il existe des faux négatifs cha toute patiente chlmaydiae positive doit traiter son partenaire avec zithromax monodose positif ou pas

        J'aime

  8. Bonjour Docteur,
    Merci pour votre réponse.
    Il va se faire traiter.
    Est-il possible que la bactérie disparaisse sans traitement d’où le résultat négatif ?
    Doit-il faire un prélèvement au niveau de la gorge ?

    Merci pour votre aide.

    J'aime

  9. Bonjour,
    J’ai été détectée positive à Chlam par PCR urinaire et aussi au niveau des IGG (24) en 2016.
    Depuis je fais des tests 2 fois par an qui ont toujours été négatifs avec jusqu’en 2018 un taux IGG à moins de 5.

    Néanmoins semaine dernière je refais un test. PCR négative mais IGG a 22.

    Comment est ce possible que les IGG aient remonté comme ça ? Alors Que mes PCR depuis 2016 sont négatives ?

    Merci beaucoup

    J'aime

      1. Alors non pas le même labo pour la semaine dernière mais même technique de mise en évidence.

        Mes autres taux IGG depuis 2016 qui étaient revenus à moins de 5 UI/ml ont également été réalisés dans deux labo différents mais tjr même technique également.

        Pensez vous que ma PCR peut être un faux négatif et dois je par prudence faire un traitement unidose ?

        J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s