Ces malades qu’on abandonne

Certaines familles  abandonnent leurs proches trop gravement atteints.

Dans les années 70, ils restaient à l’hôpital et c’est là que je les ai rencontrés.

Juste après le concours de première année, mon amie et moi avons décidé d’être monitrices d’une colonie d’enfants handicapés, enfants qui vivaient à l’année dans un service de l’hôpital de Garches.

Nous sommes parties en Normandie

La directrice nous a dit que c’était le seul moment de bonheur de ces enfants. Le reste de l’année, ils étaient moins choyés faute de personnel suffisant. Ma petite protégée dont je devais m’occuper 24 heures sur 24, s’appelait Zohra. Elle était infirme motrice cérébrale. Son cerveau avait manqué d’oxygène à la naissance et seules certaines zones fonctionnaient. Zohra était aveugle, ne marchait pas, ne parlait pas et, tout au long de l’année, vivait attachée à une porte. Cela lui permettait de ramper de façon autonome

Zohra avait été laissée à l’Assistance Publique par sa famille.

Elle faisait de nombreuses crises d’épilepsie mais, dans ses moments de conscience, elle adorait et manger et écouter de la musique.

Mon amie s’occupait de deux enfants lourdement appareillés à cause de séquelles de polio : eux aussi avaient été délaissés.

Ce témoignage est terrifiant mais il existe aussi terrifiant encore : l’abandon d’un adulte définitivement cloué au lit.

C’est dans un service de ce même hôpital de Garches que j’ai fait une nuit de garde d’infirmière ou d’étudiante, je ne sais plus, et j’y ai rencontré un homme tétraplégique à la suite d’un accident de la route.

Sa famille ne venait plus le voir. Il était cloué au lit et chaque nuit, il bénéficiait d’une assistance respiratoire dans un poumon d’acier.

Quelle vie !

Certaines familles sont effrayées par la maladie, surtout la maladie chronique qui fait penser à la mort, alors pour zapper la maladie, on zappe le malade. 

Parfois il m’arrive de comparer le sort des prisonniers à ceux des malades chroniques : les meurtriers ont plus de visiteuses de prison au parloir que ces pauvres alités qui ne suscitent guère de compassion !

Remercions nos amis les bêtes qui portent secours aux handicapés, enfants malades et vieillards en hospice.

Mes patientes greffées

Lorsque Mlle A est venue me voir en consultation, il y a cinq ans, je l’ai accueillie comme toute patiente, en lui demandant le motif de sa visite.

Elle souhaitait faire les examens nécessaires en vue d’une future grossesse, rien que de très banal, sauf qu’elle avait bénéficié, il y a six ans, d’‘une greffe cardiaque

J’étais bluffée : ainsi donc cette patiente à l’air épanoui portait le coeur d’un autre ! Elle était en vie et non seulement elle vivait bien, mais en plus elle projetait de donner la vie. Nous avions enfin réussi !

Elle m’a décrit son parcours de jeune femme atteinte de cardiomyopathie évolutive, affection mortelle sans le recours à un nouveau coeur.

Son parcours médical est celui que vous raconte

Aline

Je peux dire que le jour où je la reçus fut un des plus beaux jours de ma vie professionnelle.

La grossesse d’une femme greffée du coeur est pleine d’embûches mais elle n’est pas interdite.

Hélas, ma jeune patiente a fait une fausse couche spontanée à sa première tentative et je ne l’ai jamais revue ensuite.

C’est il y a six mois maintenant que j’ai rencontré Mlle B, une autre greffée cardiaque, avec le même parcours que Mlle A, mais pas avec l’avenir souriant que m’avait décrit Mlle A.

J’ai déchanté sur le devenir des patients greffés du coeur : le traitement anti rejet altère la fonction rénale et chaque greffé doit s’attendre à une dialyse dans les dix ans qui suivent la greffe.

Mlle B est en attente de greffe rénale. Son futur rein indemne sera détruit petit à petit par les médicaments et il lui faudra encore une nouvelle greffe !

J’ai vu s’écrouler le monde merveilleux du miracle de la greffe.

Cela me rappelle la vie des survivantes de la maladie de Hodgkin : elles ont été sauvées enfants par des traitements ionisants massifs, ce qui les fragilisent pour le restant de leurs jours : surveillance anti cancer renforcée, défenses immunitaires en panne avec infections opportunistes. Il faut beaucoup de courage à ces patientes pour sauter les obstacles (cancer du sein, hépatites chroniques actives) alors qu’elles ont déjà tant donné pour se sauver de la première embûche! Certaines ont de grands coups de blues : une m’a dit « mais pourquoi suis-je  sur Terre ?

Mlle B a beaucoup de dynamisme mais, du fait de son insuffisance rénale, a renoncé à une grossesse. Le problème de la contraception se pose, une contraception de longue durée, tolérée, compatible avec tous ses traitements et sans risque pour un éventuel avenir obstétrical. J’ai demandé aux spécialistes qui la soignent un avis car j’hésite : peut -on poser un stérilet chez une greffée ? C’est un corps étranger, possible point de départ d’une infection surtout chez une immunodéprimée. Si  un germe gagne l’utérus, il se propagera aux trompes et c’en sera fini de la fertilité de ma patiente.

 Je ne peux lui faire prendre ce risque même si elle n’a aucun projet de grossesse. Sa contraception actuelle, très bien tolérée sur le plan métabolique, ne l’est pas sur le plan utérin.

Mlle B a des spottings permanents, de petits saignements tous les jours, peu dangereux mais invalidants. Quelle autre contraception puis-je proposer qui ait le minimum de défauts et soit compatible avec le présent et l’avenir médical de Mlle B ?

Je n’ai jamais appris quoi  que ce soit dans mon cursus sur la contraception chez les greffées cardiaques !

Depuis vingt ans, je suis Mlle C, greffée rénale, qui, elle, tolère très bien sa contraception progestative pure, la seule autorisée.

J’ai été présente à chaque étape de la cure de son insuffisance rénale : la période de dialyse en attendant un greffon, une courte rémission avec un greffon qui a été rejeté quelques mois après son implantation, de nouveau des années de dialyse et enfin, depuis quelques temps, un rein tout neuf que je palpe lors de l’examen gynécologique car le rein greffé est situé dans le bas ventre, à côté de l’utérus. On ne place pas le greffon à la hauteur du rein défaillant mais beaucoup plus bas. Lorsque je pratique une échographie endovaginale, je vois le rein transplanté sur mon écran.

La contraception est impérative durant toute la période de la dialyse mais une grossesse peut être envisagée, avec la précaution d’une surveillance multidisciplinaire deux ans après une transplantation réussie.

Je ne veux pas terminer ce billet sans rendre hommage à Monsieur B qui m’a aidé à informatiser mon cabinet en 1992.

Cet informaticien, ancien joueur de jeu à XIII, était atteint d’une cardiopathie liée à la prise de substances dopantes lorsqu’il était adolescent et que son entraîneur lui faisait avaler tous les jours.

Il était sur liste d’attente d’une greffe du coeur à Marseille.

Lorsque j’ai eu besoin d’une réparation de mon système informatique deux ans plus tard, j’ai cherché à le contacter, en vain. Sa femme m’a appris qu’il était mort sans avoir eu le temps de recevoir son nouveau coeur.

La greffe cardiaque

La greffe cardiaque était une aventure médicale palpitante.

Je faisais partie du personnel infirmier du patron de chirurgie cardiaque de l’hôpital Foch, le Pr Guilmet, mais je n’avais pas assez d’expérience pour être de celles qui soignaient les patients greffés à leur réveil.

Je m’occupais des patients avant le grand jour de la transplantation.

Je me souviens d’un malade avec lequel j’ai fait une partie d’échec pour le distraire. J’avais pris sur mon temps libre et je ne sais qui a gagné la partie mais ce fut sa dernière distraction, il n’a pas survécu.

Nous ne disposions pas, en 1973, de tous les médicaments anti rejet qui sont si importants pour autoriser, maintenant, un taux de 80% de réussite à un an. Nous utilisions tout un système d’UV pour rendre l’atmosphère stérile. Le personnel soignant prenait une douche désinfectante avant chaque entrée dans la chambre du greffé et il revêtait blouse, masque, charlotte à usage unique.

Les patients étaient dans une chambre stérile, à côté d’un local de surveillance où s’activait du personnel chevronné; cette unité se situait tout au fond de l’aile de cardiologie chirurgicale. Nous n’y avions, nous, le personnel ordinaire, que très rarement accès.

Le taux de survie des patients ne dépassait pas quelques jours.

L’accès à un coeur était uniquement conditionné par l’état du malade et sa compatibilité avec le donneur. Notre patron ne donnait aucune autre consigne jusqu’au jour où il a greffé un coeur, avec un certain succès, chez un jeune adulte qui aimait faire la fête. Ce dernier est sorti comme par miracle de l’unité des soins intensifs et il est rentré à son domicile.

Il avait pour consigne de revenir très régulièrement en consultation, de prendre à heure fixe ses médications mais il nous était souvent amené par le service des Urgences ramassé ivre mort sur un coin de trottoir.

Le greffon a été rejeté, le jeune homme est décédé et toute l’équipe s’est insurgée. Tout le personnel soignant a été unanime pour dire que cet homme avait, par son indiscipline, ruiné ses chances et comme les coeurs à transplanter étaient rares, peut-être fallait-il les réserver à des personnes ayant plus de maturité.

Nous étions tous persuadés, qu’un jour, notre service aurait son Emmanuel Vitria, qui semblait mener une vie normale après sa greffe de 1968.

Quand j’ai quitté le service du Pr Guilmet, j’avais les compétences et les années d’études pour faire des remplacements en médecine de ville. J’ai décidé d’entamer des études de gynécologie obstétrique et, comme étudiante dans ce domaine, j’ai fait de nombreuses gardes dans des maternités diverses et variées. J’ai quitté le monde de la chirurgie cardiaque sans m’apercevoir de sa rapide évolution et des considérables progrès qui ont été possibles grace à un arsenal thérapeutique révolutionnaire : les médicaments immunosuppresseurs.

C’est pourquoi, lorsqu’une patiente vint me voir en consultation de ville, afin de préparer sa future grossesse et qu’elle m’apprit qu’elle avait bénéficié d’une transplantation cardiaque, j’ai écarquillé les yeux : ainsi donc, nous avions enfin réussi.

Enfin, c’est ce que j’ai cru dans un grand moment d’euphorie…

En service de chirurgie cardiaque

Nous étions trois infirmières de nuit à régner sur l’étage réservé aux patients cardiaques, avant ou après la chirurgie. Jeunes, dynamiques, enthousiastes, nous formions un trio de choc plébiscité par les patients et notre hiérarchie.

Le fond de l’aile était réservé aux soins post opératoires des greffés cardiaques : nous n’y pénétrions qu’exceptionnellement.  Nous, nous étions chargées de préparer les futurs greffés en vue de l’intervention du lendemain. Je consacrerai mon prochain billet aux greffes cardiaques.

Nous travaillions 12 heures de suite, avec trois heures de repos à prendre à notre convenance. Le système des trois huit n’avait pas encore été instauré à l’hôpital Foch et il n’y avait pas de roulement : l’infirmière de jour restait de jour et celle de nuit ne travaillait que la nuit.

Chaque soir, à vingt heures, nous préparions la tisane puis nous faisions le tour des chambres pour prendre la tension, le pouls,  la température et administrer les médicaments.

Les malades nous attendaient avec impatience : nous étions des  jeunes femmes souriantes et efficaces: notre passage les sécurisait tout en les divertissant. 

Pendant toute la nuit, nous restions vigilantes : il fallait administrer des injections, changer les perfusions et répondre aux sonnettes d’urgence. Pas question de lambiner, une vie était peut-être en jeu.

Un soir, un jeune malade, en attente de chirurgie cardiaque, a sonné : je me suis précipitée dans sa chambre : il s’est assis sur son lit, a ouvert la bouche sans sortir un son et s’est affalé dans mes bras, mort : rupture brutale de cordage de la valve mitrale.

Pendant notre garde, on s’installait dans le local des infirmières. Deux chambres de deux malades, sous surveillance cardiaque permanente, jouxtaient notre local. Quatre moniteurs se trouvaient sur notre bureau pour nous informer du rythme cardiaque des quatre patients qui relevaient, pour la plupart, d’un infarctus.

Il nous fallait détecter les arythmies, la fibrillation ventriculaire et les torsades de pointe. Je vous rassure, la machine le faisait très bien pour nous.

Dès que le coeur de l’un venait à flancher, une alarme retentissait et c’était le branle bas de combat.

Les médecins de garde se précipitaient vers le patient dont le coeur avait cessé de battre et il ne nous restaient que quelques minutes pour le faire repartir : massage cardiaque externe, défibrillation et hop ! après un ou deux chocs électriques et quelques injections, le patient ouvrait les yeux, un peu surpris de tout ce monde autour de son lit. Il fallait lui expliquer que nous avions fait repartir son coeur. Il y a dix minutes, il était mort..

J’étais chargée de préparer les seringues remplies des produits indiqués par le médecin. Mes mains tremblaient, j’avais peur de me tromper, d’être trop lente à préparer les injections. Je détestais ces moments de stress intense car j’avais l’impression de ne rien maîtriser.

Nous étions en 1973; sept ans plus tard je dirigeais un service d’obstétrique et j’ai sauvé quelques patientes, ne perdant pas mon sang froid en pleine situation d’urgence et c’était moi la responsable, moi qui donnait les ordres, moi dont l’assurance calmait le personnel soignant ! Comme quoi, tout s’apprend …

PS : il est désormais possible de pratiquer une défibrillation sans être un réanimateur expérimenté. Le défibrillateur fait tout pour vous.

Je suis extrêmement favorable à la présence de défibrillateurs un peu partout (salle de sports, stades, grands magasins) et à quelques cours de secourisme que l’on pourrait donner dans tous les lycées et dans toutes les entreprises.

Comment faire face à un décès

On peut en blaguer

Apprendre le décès d’un de nos patients est éprouvant car il remet en cause notre toute puissance.

Nous n’assistons pas, en règle générale, nous médecins, aux décès de nos patients. Mais, comme infirmière, des malades sont morts dans mes bras.

Je me souviens d’un jour où, étudiante stagiaire en chirurgie, j’ai vu une patiente du service partir en salle d’opération pour un retrait de la vésicule biliaire.

                                 

Lorsqu’elle est remontée de la salle de réveil, elle a été installée dans une pièce de quatre lits de surveillance intensive des « post op » et, c’est comme infirmière de nuit, que je me suis chargée de ses soins.

                                     

Elle n’a pas repris connaissance et elle est décédée dans la nuit. J’ai appelé l’interne de garde pour qu’il prononce le décès. J’ai procédé à une toilette sommaire et lui ai passé une blouse propre.

J’ai enfoncé du coton dans ses narines, dans son anus et j’ai passé une bande autour du menton et de la tête pour tenir la bouche fermée.

La surveillante de nuit a prévenu la famille.

Le matin à huit heures, j’avais troqué ma tenue d’infirmière pour celle d’externe. 

Le chirurgien, chef du service, s’est présenté pour la visite.

La surveillante lui a annoncé le décès de sa patiente.

 » L’autopsie a été pratiquée ? demande, inquiet,  le chirurgien

 Oui, Docteur.

Et les sutures ?

Elles ont tenu, Docteur, elles ont tenu.

Ah ! C’est bien, les sutures ont tenu. » 

Voilà comment ce chirurgien a esquivé sa peine : sa patiente était morte, mais guérie !

J’ai longtemps été furieuse de voir comment ce chirurgien avait évacué la peine liée au décès de sa patiente et puis, j’ai compris que cette attitude est impérative pour exercer notre métier. Il faut compartimenter et ne pas s’attribuer toutes les fautes du monde. Il faut faire son job; ici, retirer une vésicule infectée, et le faire du mieux possible. C’était le cas. La suite des événements ne nous appartient pas toujours.

La cholécystectomie, ne se pratique plus ventre ouvert comme c’était le cas en 1970. Maintenant, c’est par cœlioscopie que l’on procède et la mortalité consécutive à cette intervention a considérablement chuté mais comme vous pouvez le constatez dans le graphique mis en lien, le grand âge est un facteur de mauvais pronostic.

Mon rôle, comme infirmière de l’unité de soins intensifs des opérés, était de prendre les constantes (pouls, pression artérielle, température), étude qualitative et quantitative des urines, remplacer les perfusions, frictionner le dos des alités avec de l’alcool camphré pour éviter les escarres, changer les draps.

Nos malades étaient tous dans le coma.

Je ne me souviens pas de beaucoup de patients ayant survécu aux interventions dans mon unité de soins intensifs, mais il faut dire que nos patients étaient très âgés et que les interventions avaient souvent été faites en urgence, sur des sujets fébriles donc très affaiblis.

             

Un soir, j’ai été affectée dans une unité de réanimation de l’hôpital Foch : il y avait huit lits de patients tous intubés, sous respirateurs. La mortalité atteignait 80 %. La rotation des infirmières était rapide : personne ne tient le coup moralement très longtemps avec un si grand taux de décès : le désespoir finit par atteindre les plus endurcis.

J’ai été en poste, pendant au moins trois ans, comme infirmière de nuit en réanimation cardiaque dans le service du Pr Guilmet. Là, l’ambiance était tout autre : nous avions l’espoir chevillé au corps de sauver des vies …surtout que notre patron était un pionnier dans la greffe cardiaque. Nous étions tous enthousiastes. Quand je pense au taux de décès des greffés, il était vraiment important mais nous étions tous fidèles au poste.

Il faut dire aussi que dans un service qui pratique la réanimation cardiaque, nous avons tous vu ressusciter des morts.

De belles victoires !

Se moquer de la mort

Depuis la fin de la deuxième année d’études de Médecine, nos professeurs nous avaient donné comme mission de faire face à la Mort.

D’abord, on nous a conseillé d’acheter un demi squelette pour apprendre au mieux l’anatomie. Ces squelettes, vendus par petites annonces, provenaient de fosses communes. Ils avaient été plus ou moins bien nettoyés : certains, couleur ivoire, suintaient; pas le mien aux os bien secs et blancs.

Mon squelette à moi s’appelle Marie Antoinette : il repose dans sa boîte en sapin dans un placard. Je l’avais appelé Marie Antoinette car, d’après la forme de son pelvis, c’était une femme et, comme je n’avais pas assez d’argent pour acheter un crâne, mon squelette était comme décapité.

J’adorais manger une pomme tout en tenant le tibia de Marie Antoinette : ma grand tante, chez qui j’étudiais, poussait de hauts cris : comment pouvais-je tenir une pomme dans une main, un os sorti d’une fosse commune dans l’autre ! J’aimais, délicieuse provocation, goûter en compagnie de Marie Antoinette !

J’ai été beaucoup moins fière face à mon premier cadavre à disséquer.

A 7 heures trente, nous étions tous au laboratoire de la Faculté de Médecine des Saints Pères, face à tous ceux qui avaient choisi de donner leurs corps à la Science. J’ai mis une heure avant d’oser rentrer dans la salle où, sur des tables en inox, reposait une quarantaine de corps.

 Le cadavre qui m’avait été attribué étaient une femme de la soixantaine : je n’osais la regarder. Je me souviens de ses cheveux gris, de ses ongles jaunes. Je n’ai jamais pu poser mon scalpel sur son avant bras en vue d’une dissection.

Mes collègues utilisaient l’humour pour faire face à l’angoisse qui vous prend à la gorge à la vue de ces corps gris et froids. Certains  faisaient de bonnes blagues : un collègue a allumé sa pipe, en a tiré quelques bouffées et a soufflé la fumée dans le thorax d’une pauvre vieille qui, morte d’une pleurésie, avait une flaque de fluide autour d’un poumon. Il faisait des ronds dans l’eau et ses voisins s’esclaffaient.

Ce qui ne me faisait pas du tout peur étaient les bocaux rangés dans le local attenant à la salle de dissection : il y avait tout une série de monstres : des fœtus à deux têtes, à trois jambes.

Je me faisais un plaisir d’emmener ma sœur et ses condisciples de la fac de lettres visiter nuitamment la salle des bocaux. C’était le grand frisson garanti !

Je n’ai jamais été effrayée par ces monstres mais c’est face à ces rangées de bocaux que j’ai pris conscience que, contrairement à ce qui est communément admis, non, la Nature n’est pas bien faite !

Je ne me doutais pas, à l’époque, qu’un jour je serai une gynécologue pourvue d’un appareil d’échographie qui, ayant découvert un fœtus malformé, devrait apprendre à une mère qu’elle portait un enfant qui avait un grave défaut de développement.

Et là : fini de rire. Rien n’est plus éprouvant que d’annoncer ce grand malheur à une femme enceinte. C’est une dévastation pour elle…et moi. Et là, il faut puiser dans ses ressources personnelles pour trouver les mots justes, pas des mots de réconfort car il n’existe aucun réconfort possible dans les minutes qui suivent l’annonce de la malformation fœtale. Il faut être à l’écoute de la détresse d’une femme qui s’était cru bonne mère et qui ne comprend pas le sort qui est désormais le sien : porter un fœtus mal conçu avec une question lancinante : pourquoi ?

J’ai dépisté trois anencéphalies en vingt deux ans de pratique libérale. La première fois, je n’ai pas pu articuler un mot, les deux autres fois, j’ai pu trouver le courage d’expliquer l’affection. L’anencéphalie ne provoque pas de fausse couche spontanée. La maman accouche de son enfant sans boîte crânienne. Il vit deux à trois heures pas plus. Dans la plupart des cas, les patientes souhaitent une IMG mais ma dernière patiente a décidé de garder son fœtus. Elle doit accoucher dans un mois.

Ce n’est pas en manipulant des tibias sortis de la fosse commune, ni en étudiant tous les bocaux du musée Dupuytren que l’on apprend à accompagner une femme et son mari dans des moments aussi tragiques…La Mort de l’autre est une épreuve…sauf pour certains qui ont su faire un détour comme je vous l’expliquerai dans un prochain billet.

Les Urgences

Nous étions affectés aux Urgences deux fois par semaine : nous y travaillions de nuit.

L’atmosphère qui régnait dans le service des Urgences des hôpitaux de la région parisienne en 1970 s’apparentait beaucoup à ce que vous avez pu découvrir dans la série diffusée par Fr 2.

Mais, il y avait quelques petites différences .

D’abord, nous admettions tous les patients et chacun recevait le maximum des soins que nous pouvions prodiguer sans critère financier. A la découverte d’un cancer métastasé, nous proposions une prise en charge en cancérologie et le meilleur traitement. Jusqu’à présent, chez nous, il n’est pas besoin d’hypothéquer sa maison pour bénéficier d’une chimiothérapie.

Ensuite, nous ne recevions jamais de blessés par balle…sauf les candidats malheureux au suicide.(je crains que cette assertion ne soit plus d’actualité)

Et puis, nous ne rencontrions jamais d’individus défoncés au crack ou au PCP : les ivrognes en état de coma éthylique ou de délirium tremens faisaient l’ordinaire de nos malades, ramassés par Police Secours sur la voie publique et amenés dans nos urgences. Les alcooliques soignés aux Urgences étaient rarement en grand état de violence non maîtrisable.

J’admirais le dévouement des aides soignantes et des infirmières qui douchaient les clochards pour les épouiller et nous les amener propres en vue de l’examen médical. La plupart avait le cerveau imbibé d’alcool, ils présentaient une logorrhée, une confusion mentale, une photophobie : notre crainte était de passer à côté d’une méningite qui donne aussi tous ces signes mais qui conduit à la mort…Et puis, un alcoolique pouvait aussi faire et une intoxication et une méningite ! Alors en route pour la ponction lombaire….que seul l’Interne pouvait pratiquer.

Autre caractéristique bien française : le grand nombre d’admissions pour tentative de suicide par médicaments (nous ne sommes pas de grands consommateurs de psychotropes sans leurs diverses conséquences ). J’ai assisté à je ne sais combien de lavages d’estomac de jeunes filles.C’étaient des infirmières expérimentées qui les pratiquaient.

Pour les reste, tout est comparable aux Urgences US : le stress des urgences vitales, la course aux examens biologiques, le peu d’heures de repos qui nous étaient accordées sur des brancards glissés dans des réduits obscurs.

Il y avait aussi les urgences chirurgicales : les plâtres à poser, les points de suture à faire sur une plaie du cuir chevelu (cela saigne de façon impressionnante, un scalp !) Nous apprenions à faire de la couture avec une pince, un porte aiguille et à faire des noeuds sans utiliser nos doigts, juste avec deux pinces. Les sutures des plaies de la face étaient réservées aux plus expérimentés des étudiants de garde.

Nous n’étions pas payés pour le travail que nous fournissions : mais nous ne faisions que de petits actes et un débrouillage sommaire des pathologies. Nos aînés se chargeaient des actes périlleux : pose d’une voie veineuse profonde, intubation, défibrillation.

Il y avait beaucoup d’infirmières à nos côtés, des médecins anesthésistes, des chirurgiens généraux ou orthopédistes chevronnés.

Ma contribution à la santé de la population a été des plus modestes lors de mes gardes obligatoires d’étudiante troisième année.

Comme infirmière de nuit, j’avais de bien plus lourdes responsabilités.

Je ne pensais pas, en entrant dans ce cursus, que j’assistais aux années les plus fastes de la Médecine : personnel fourni et bien payé, médicaments made in France, médecins dévoués bénéficiant de repos compensateurs à défaut d’une paye de ministre.

Il y avait des lits pour chaque arrivant. Nous avons régressé comme le crie le Dr Patrick Pelloux.

Les difficultés des Urgences ont des causes multiples.

Tout a bien changé depuis les années 80 : le nombre de médecin a chuté, plus personne ne veut assurer les urgences de nuit, on embauche du personnel étranger maîtrisant à peine notre langue .

Les patients sont de plus en plus nombreux, parfois irascibles, mais je suis sûre du dévouement du personnel malgré la difficulté de leur tâche.

Je ne voudrais pas finir ce petit billet sur les Urgences, sans parler des accidentés de la route que nous recevions. Beaucoup étaient de jeunes motards. J’ai encore en mémoire un  jeune accidenté, la trachée ouverte. Il n’a pas survécu. Depuis, je n’ai jamais autorisé mes fils à posséder ni scooter, ni moto tant qu’ils étaient sous ma responsabilité et beaucoup de collègues, qui ont assuré des gardes aux Urgences, ont la même attitude de refus des deux roues pour leurs enfants.

Certains de mes condisciples ont choisi d’être médecins au Samu et d’aller toutes les nuits sur l’autoroute de Normandie s’occuper des rescapés des accidents de la route. J’aimerais rendre hommage à un de mes professeurs de la faculté Paris Ouest, le Pr Claude Got, un homme simple, qui a été un grand artisan de la prévention routière : songez qu’en 1970, année où je suis entrée à l’hôpital, on comptait 17 000 morts par an sur nos routes !

Une après-midi de carabin

L’après- midi, nous recevions les cours magistraux en amphithéâtre à la faculté de Médecine René Descartes.

Nos professeurs étaient engagés de façons très diverses dans leurs actions pédagogiques. Un professeur furieux d’être obligé de faire un cours magistral nous a débité son cours de cardiologie, censé durer une heure, en 20 minutes chrono !

J’adorais assister aux cours magistraux du Professeur Gentilini .

C’était un très bon pédagogue : il avait une histoire drole à raconter pour illustrer chaque pathologie infectieuse ce qui nous permettait de mieux mémoriser nos cours.

Je ne me souviens plus du nom de notre professeur de Médecine du Travail, mais il a eu une idée fort ingénieuse pour nous faire apprendre l’essentiel de la législation. A la fin du trimestre, un examen sanctionnait nos connaissances : le professeur, à l’avant dernier cours,dans un amphithéâtre quasi déserté, nous a dit qu’il nous donnerai les sujets de l’examen, avec les réponses, au dernier cours. La seance suivante, il parlait devant une forêt de micros. Nous avions tous emporté notre magnétophone, l’amphi était bondé. Le soir, on a appris par coeur les réponses aux sujets posés le lendemain. Nous avons tous obtenu 20 sur 20 mais il avait gagné son pari : nous faire apprendre l’essentiel de cette matière rébarbative !

Les cours de Médecine Légale étaient dispensés à l’Institut Medico Légal

Nous étions assis sur les bancs de l’amphithéâtre que vous voyez en photo; nous avions à notre disposition des sortes de lunettes de théâtre pour voir les détails des autopsies. Un jour, c’est une jeune fille que le professeur a autopsiée : elle avait été retrouvée morte, tombée d’un toit de Paris. D’après les constatations des policiers, elle allait de sa chambre mansardée à celle de son petit-ami et puis elle a glissé sur les ardoises et s’est écrasée au sol.

L’autopsie commence : l’assistant pèse le coeur, les poumons, le foie…Soudain, le professeur, tout excité, crie pour interpeller son assistant : »les scellés !  les scellés ! » Il venait d’ouvrir le bas ventre et de constater un utérus… gravide ! L’accident se transformerait-il en meutre ? ou en suicide ? Le petit ami était-il au courant de la grossesse de sa copine ? L’avait-il poussée du toit ? J’étais fascinée, passionnée, mais pour poser ces questions, il fallait découper un cadavre et je détestais les autopsies, la froideur des cadavres, leur teint blafard, leur odeur âcre.

Quand un patient que nous avions en charge décédait en cours d’hospitalisation, notre patron nous intimait l’ordre d’assister à son autopsie. J’en étais incapable : je ne pouvais pas voir découper le lendemain matin le patient que j’avais soigné les jours précédents avec acharnement souvent , avec compassion  toujours. Alors, je venais trouver les familles éplorées et les incitaient à refuser l’autopsie de leur proche. Ma tâche était facile, aucun parent ne pouvant imaginer son proche éviscéré.

Comprenez-moi bien, je n’étais pas contre le principe de l’autopsie mais je refusais, comme médecin traitant, d’y participer ! A chacun son job : j’en apprenais autant en lisant le compte rendu du médecin légiste qu’en tenant le scalpel de dissection!

Notre journée laborieuse se terminait une fois ou deux par semaine par une garde de nuit aux Urgences.

Ah les Urgences ! Vous saurez tout au prochain épisode de mercredi…

Pour vous, Mesdames

Pour vous, Messieurs

Pour moi

Une matinée de carabin

Fini de blaguer! Nous étions des carabins : notre journée studieuse se résumait à une confrontation avec la maladie.

Nous débarquions chaque matin dans le service hospitalier où nous avions été affectés. J’ai été affectée à l’hôpital Foch de Suresnes et à celui de Versailles puisqu’ils étaient proches de mon lieu de résidence : ces hôpitaux faisaient partie de l’Université Paris Ouest.

Voici quel était notre uniforme :

une blouse blanche sur nos habits de ville.

le stéthoscope Littman, le seul, le vrai, autour du cou.

le marteau à réflexe dans la poche de poitrine.

l’épingle à nourrice à la boutonnière.

Les externes de sexe mâle étaient dispensés du port de la cravate, pas les internes (ceux qui avaient passé le concours de l’Internat), ni les attachés, ni le patron, bien sûr. 

Notre tâche matinale était, à nous étudiants de première ou deuxième année, de recueillir les antécédents du patient et établir l’historique de sa maladie.

Vous ne pouvez pas imaginer combien c’est difficile, pour un apprenti médecin, de faire le tri dans toutes les informations données par le malade ! Nous devions écouter patiemment de longues histoires de douleurs diverses et variées, d’essoufflement, de crampes, de ballonnements et il fallait faire le tri entre l’accessoire et l’indispensable et limiter le temps de parole de notre patient qui était fort aise d’avoir en face de lui une personne tout à son écoute ! C’est un art l’interrogatoire !

Nous remplissions nos dossiers et, lors de la visite du matin, c’était à un de nous de présenter le cas…donc de résumer de façon intelligente le flot d’informations que nous avions reçu.

Les internes, nos supérieurs, étaient chargés des examens physiques: palpation, écoute du coeur au stéthoscope, recherche de la présence des réflexes tendineux grace au marteau, et utilisation de la pointe de l’épingle à nourrice pour gratter le bord externe du pied à la recherche du signe de Babinski.

Nous reproduisions les gestes de nos aînés sur le patient bien gentil de se laisser tripoter par deux fois.

Quand il fallait un toucher vaginal ou rectal, l’interne l’accomplissait en premier et l’externe chargé du patient, en second.

Le patient était fouillé au corps par le prof et l’élève puis, par le big boss quand ce dernier voulait vérifier les assertions de son inférieur hiérarchique.

Le corps du patient nous appartenait : il était objet de science.

Une fois par semaine, se déroulait la présentation du malade.

Le patron dirigeait les opérations aidé par la surveillante en chef.

On faisait descendre de sa chambre un malade pour exposer son cas aux étudiants assis dans un amphithéâtre : le patient écoutait raconter son histoire personnelle à des dizaines de carabins, le patron évoquait les diagnostics possibles, présentait les examens complémentaires et rendait son verdict.

Je me souviens de dizaines de patientes, dans le service de gynécologie où j’apprenais mon futur métier, transportées en fauteuil roulant à la queue leu leu. Le professeur exposait le cas de stérilité de la première et donnait son avis sur la conduite à tenir. C’est à ce moment là qu’il annonçait son pronostic :

        »  Madame Durand, vous comprenez que vous avez les trompes obturées. Je vous propose une intervention pour rétablir leur perméabilité. J’établis à 30% les chances de guérison »

       « 30% ! c’est tout Docteur ? »

        » 30 % de chance d’avoir un enfant,c’est mieux que 0 ! »

Fin de la discussion. Sur ce, la surveillante en chef poussait le fauteuil de la patiente, encore sous le choc, vers la sortie. On passait au cas suivant.

L’après midi avaient lieu les cours magistraux.

La salle de garde

Nous étions de coquines ingénues (dans cette vidéo,  j’ai l’impression que c’est moi à 20 ans qui chante !)

La salle de garde était le lieu de nos réunions; nous prenions nos repas dans un réfectoire, aux murs couverts de graffitis, toujours sur le même thème : le sexe. Des étudiants en médecine, plutôt doués pour le dessin, étaient capables de caricaturer nos professeurs, les dessinant un sexe énorme en érection ou alors, en train de sodomiser des poules. Nous déjeunions et dînions entourés de croupes, de bites et de cons en couleur.

La salle de garde que j’ai le plus intensément fréquentée, se trouvait dans une petite maison située dans le jardin du vieil hôpital de Versailles, hôpital qui a été démoli .

La maison où nous venions nous restaurer, nous reposer mais aussi faire la fête, possédait un réfectoire, une cuisine ( une cuisinière était à notre service chaque midi ), des chambres à l’étage.

Les repas de midi étaient obligatoirement pris en commun. Le chef de la salle de garde, désigné à la rentrée de septembre, présidait. Nous ne pouvions pas commencer notre repas sans sa présence.

Lorsqu’un étudiant arrivait au réfectoire, il devait taper sur l’épaule de chacun des convives avant de prendre place à table. La tablée comptait au moins 15 couverts.

Juste avant le dessert, nous entamions « les batteries ». Nous frappions en cadence sur nos assiettes, sur les verres, sur la table avec nos couteaux. Nous obtenions ainsi différentes sortes de mélodies.

Après le café, nous chantions une chanson paillarde, histoire de nous donner du coeur à l’ouvrage pour les contre-visites.

La plus populaire était celle-ci. Revisitée pour l’occasion de ce billet…

Parfois, une visiteuse médicale était invitée. Lorsqu’elle était jolie, il n’était pas rare d’entendre les étudiants et les étudiantes scander « à poil, à poil ». Je vous assure que lorsqu’une petite vingtaine de braillards se mettait à entonner ce slogan, cela faisait un tel effet que la jeune femme était comme subjuguée….et moi, la prétendue féministe, engagée dans une lutte que je pensais acharnée pour la cause des femmes, je braillais comme les autres, mon indépendance d’esprit ayant fondu dans la foule vociférante.

C’ est à ce moment là que j’ai compris le pouvoir d’une foule qui n’est pas la somme de ses individualités.

Le chef de salle de garde était un joyeux luron. Il donnait beaucoup de son corps ! Songez : une fois il a fumé le cigare par l’anus… et c’est son copain et voisin de table qui n’a pas hésité à finir de fumer ce fameux cigare! Une autre fois, il a fait le pari de manger tout le contenu de la poubelle de la cuisine: épluchures de pommes de terre, peaux d’oranges mais aussi verre pilé. Et il a gagné son pari !

En attendant le dîner, nous faisions des strip pokers et, croyez moi, les filles de la grande bourgeoisie Versaillaise n’étaient pas les dernières à se désaper !

Les labos pharmaceutiques nous offraient des dîners somptueux avec des gâteaux de chez Le Nôtre. Voici comment nous appréciions la nourriture offerte : nous faisions de grandes batailles de bouffe. On renversait les tables : chaque camp se retranchait derrière une table et balançait à l’autre  des petits suisses, des choux à la crème, des oeufs, des sacs de farine ou de riz.

Je me montrais hypocrite : en dehors du monde médical, je réprouvais  ces amusements au goût de chiottes.

Mais, sincèrement, mes collègues me divertissaient : j’ai ri à gorge déployée des blagues de carabins et je chantais des chansons paillardes aussi fort que les autres !

Est -ce que j’ai connu des orgies ? Non, j’ai participé à des fêtes bien arrosées. On dansait sur des slows ravageurs et, comme des chambres  étaient disponibles à l’étage, j’ai vu des couples ne pas finir la danse pour filer au lit !

Mais, j’ai entendu parler d’une soirée où une fille (infirmière ? étudiante ?) s’est faite enduire de Chantilly tout à fait volontairement puis s’est allongée sur la grande table du réfectoire. Les hommes ont léché la Chantilly…

J’ai été chef de salle de garde quand j’ai fait mes études d’obstétrique. Je demandais à chaque étudiant une participation financière pour faire « des améliorés » : de la confiture de fraises, des croissants et les journaux du jour pour le petit déj . Mon petit déj était si sympa que les étudiants s’attardaient au réfectoire et ils arrivaient en retard pour assister leurs patrons en chirurgie. Ils se sont fait taper sur les doigts !

J’organisais des fêtes thématiques : on s’y rendait costumés.

J’organisais des week-ends ski dans de petites stations pas chères. On dévalait les pentes et puis du schnaps et on ne fermait pas l’oeil de la nuit ! Inutile que je vous détaille notre planning !

C’était une vie de grande liberté…Nous savions bien que c’étaient nos dernières années d’insouciance…C’était comme si nous fêtions chaque week-end un enterrement de vie de garçon ou de vie de jeune fille !

Nous avions des responsabilités médicales mais encadrées, supervisées par nos patrons. Bientôt, ce serait le grand bain, nous serions seuls aux commandes.  Nous étions conscients que nous allions devenir adultes et nos fêtes nous faisaient oublier la peur qui nous saisissait à l’idée d’être responsables à part entière.

Nos petits week-ends de fiesta à la montagne n’étaient rien comparés aux fêtes de printemps en vogue aux USA et, maintenant, organisées dans toute l’Europe par des Tours Operators !

Les bitures étudiantes sont désormais sponsorisées.

Nous n’étions que des amateurs dans l’organisation de nos modestes fêtes qui auraient bien eu du mal à se dénommer orgies !

Ma vie d’étudiante allait prendre fin.

J’avais fini par prendre goût aux études en amphi, aux stages à l’hopital (là, je mens un peu, mes gardes d’infirmières étaient autrement plus passionnantes!) et à mes collègues. La vie en commun, nos succès et nos galères, avaient fini par estomper nos différences et de milieu et politiques. Estomper, pas effacer. 

C’est dans le billet du week end que je vous parlerai de notre très sérieux apprentissage du métier.